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Le Sahara central, espace de circulation ancien, est devenu depuis le début des années 1990 le théâtre d’importants mouvements migratoires. En dépit des obstacles qui entravent les circulations dans cette région, reflets des dysfonctionnements des États sahéliens et du durcissement des politiques migratoires des États maghrébins, plusieurs dizaines de milliers de migrants originaires d’Afrique subsaharienne franchissent chaque année ce désert pour se rendre en Afrique du Nord. La plupart d’entre eux y travaillent quelques mois ou quelques années avant de retourner dans leur pays d’origine. Ces migrations, qui représentent depuis quelques années un enjeu grandissant des relations entre les États d’Afrique subsaharienne, d’Afrique du Nord et d’Europe, ne constituent pourtant pas un phénomène nouveau. Dès les années 1960 des Sahéliens se rendaient en Algérie et en Libye pour y travailler. Ces circulations vers et à travers le Sahara étaient alors largement permises par ces États dont les besoins de main d’oeuvre étaient importants. Mais depuis le début des années 2000, la mise en scène médiatique des migrants qui poursuivent eur route jusqu’en Europe et la focalisation des pouvoirs publics européens et africains sur ces seuls flux migratoires transcontinentaux participent d’un « mythe de l’invasion » illusoire au nord de la Méditerranée, tout en occultant la diversité des mobilités sahariennes ontemporaines (qui demeurent majoritairement intra-africaines) et de leurs incidences locales. Loin de réactiver le fonctionnement d’un Sahara d’antan, d’une terre des nomades anhistorique, ces circulations migratoires contemporaines tendent au contraire à redéfinir une nouvelle géographie saharienne, en mettant en contact des lieux et des acteurs de façon inédite, en redéfinissant leurs fonctions et leurs relations selon de nouvelles logiques. Au Niger, de véritables réseaux spécialisés dans le transport des migrants à travers le désert se sont mis en place, conjointement support et produit de ces circulations humaines. Ces nouvelles pratiques de transport, associées à des lieux géographiques spécifiques, contribuent à définir de nouveaux modes d’habiter l’espace saharien, différents de ceux des populations oasiennes ou de tradition nomade qui y résident. Dans une optique générale de compréhension des incidences de la mobilité sur les modes d’habiter, nous présenterons ici brièvement les manières dont certains acteurs du système migratoire saharien se représentent, pratiquent et investissent les lieux de leur mobilité, qu’il s’agisse d’une mobilité habituelle (pour les transporteurs) ou du hors-quotidien (pour les migrants). Notre propos porte sur les manières de faire dans et avec l’espace, le long d’un itinéraire saharien de plus de 1100 km qui va de la ville d’Agadez au poste militaire de Madama à la frontière nigéro-libyenne.

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Type

Journal article

Volume

5

Pages

161 - 171